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jean-marc boudier

  • Gilles Le Muisit et l'évêque Joséphé

    Gilles Le Muisit, Piérart dou Tielt, Tournai, Saint-Martin, Graal, Jean-Marc Boudier

    Dans un manuscrit du milieu du quatorzième siècle de La Quête du Saint-Graal[1], provenant de l’ancienne collection d’Antoine-René de Voyer, marquis de Paulmy puis d’Argenson (1722-1787), et conservé aujourd’hui à la B.N.F., se trouve une intéressante miniature[2] montrant l’évêque Joséphé (Joséphot dans le manuscrit) et la « messe du Graal ». On peut y remarquer de nombreux détails illustrant le texte (par exemple le Christ couvert de plaies au milieu de la Coupe), ainsi que le jeu des mains et des regards des différents personnages attablés.

    Gilles Le Muisit, Piérart dou Tielt, Tournai, Saint-Martin, Graal, Jean-Marc Boudier

    Ce manuscrit semble avoir été commandé par l’abbaye bénédictine de Saint-Martin de Tournai (aujourd’hui en Belgique), copié et enluminé par Piérart dou Tielt qui s’occupa aussi des manuscrits des œuvres de l’abbé Gilles Le Muisit (1272-1353)[3] et plus généralement de la bibliothèque de l’abbaye. L’abbé Gilles appréciait la littérature, religieuse bien sûr mais aussi plus profane comme avec Le Roman de la Rose.

    Gilles Le Muisit, Piérart dou Tielt, Tournai, Saint-Martin, Graal, Jean-Marc Boudier

    En raison de ces rapprochements qui ne sont pas fortuits, on a pu voir représenté Gilles Le Muisit sous les traits de l’évêque de l’histoire du Graal[4]. Ce personnage fait un signe de bénédiction avec trois doigts.

     

    Bibliographie

    Dhaenens (Albert), « Pierart dou Tielt, enlumineur des Oeuvres de Gilles Li Muisis. Note sur son activité à Tournai vers 1350 », dans Scriptorium, t. 23, n° 1, 1969, p. 88-93 ;

    Martin (Henry), « Un caricaturiste au temps du roi Jean : Pierart dou Tielt », dans Gazette des Beaux-Arts, t. 51, 1909, p. 89-102 ;  

    Stones (Alison), « Sacred and profane art : secular and liturgical book-illumination in the thirteenth century » dans The Epic in medieval society : aesthetic and moral values, Tübingen, M. Niemeyer, 1977, p. 100-112 ;

    Walters (Lori J.), « Wonders and illuminations, Pierart dou Tielt and the Queste del Saint Graal », dans Word and image in Arthurian literature, Keith Busby (éditeur), New York, Garland, 1996, p. 339-380 ;

    Les fastes du gothique, le siècle de Charles V [Exposition. Paris, Grand Palais. 1981-1982], Paris R.M.N., 1981, n° 301 ;

    Arturus rex [Exposition, Louvain, Musée Vander Kelen-Martens. 1987], vol. 1, Catalogus : Koning Artur en de Nederlanden, La matière de Bretagne et les anciens Pays-Bas, 1987 ;

    Medieval mastery, Book illumination from Charlemagne to Charles the Bold, 800-1475 [exposition Louvain, 2002], Brepols, 2002 ;

    La légende du roi Arthur [exposition B.N.F.], Paris, Éditions du Seuil, 2009, p. 24, n° 86.



    [1] Li queste del S. Graal, Tournai, 1351, f° 88r, Bibliothèque de l'Arsenal, Ms-5218 réserve.

    [2] http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7100017d/f179.image.

    [3] Cf. Jean-Marc Boudier, La sensibilité humaine et l'inspiration religieuse dans l'œuvre de Gilles Le Muisit (1272-1353) : étude des mentalités médiévales, thèse de doctorat sous la direction du Pr Philippe Ménard, Université de Paris IV-Sorbonne, 1998.

    [4] « Récit hagiographique centré sur le personnage du pur Galaad plutôt que roman chevaleresque, la Quête du Graal occupe une place à part dans le cycle du Lancelot-Graal. On a pu démontrer sa totale imprégnation par la doctrine et la morale cistercienne, et la théologie mystique de saint Bernard.

    On est très bien renseigné sur ce manuscrit grâce à la mention finale en picard : « Chius livre fu parescrips la nuit Nostre Dame en mi aoust, l'an mil trois cens et LI. Si l'escripst Pierars dou Tielt et enlumina et loia (relia). » Il apparaît ancré dans le milieu de l'abbaye Saint-Martin de Tournai, présentant à la suite de la Quête du Graal des annales tournaisiennes. L'activité de Piérart dou Tielt, copiste, enlumineur et relieur établi à Tournai, chargé de l'entretien des livres de la bibliothèque de l'abbaye, est bien attestée dès 1330, ainsi que ses liens avec l'abbé Gilles Li Muisit, dont il enlumina les œuvres. Aussi est-il tentant de penser que celui-ci a commandité la production de ce manuscrit pour l'abbaye de Tournai. Celui-ci ne comprend en effet que la Quête du Graal, à l'exclusion des autres branches du cycle du Lancelot-Graal, incontestablement moins recommandables pour une abbaye. On a même proposé d'identifier Gilles Li Muisit avec l'évêque Joséphé qui célèbre la messe du Graal.

    Le cycle iconographique, qui ne comprend que trois miniatures, est particulièrement intéressant et pourrait corroborer l'hypothèse d'une destination religieuse de ce manuscrit. Il culmine au folio 88 avec cette représentation de la vision du Graal à Corbenic, qui suit fidèlement la description très précise de la célébration de l'office par l'évêque Joséphé, miraculeusement apparu. On peut y voir le reflet des préoccupations cisterciennes relatives à la présence réelle de Dieu dans l'hostie, et l'écho des débats sur la transsubstantiation : le Christ apparaît en effet dans l'image, marqué des cinq plaies » (notice de l’exposition de la B.N.F. sur le roi Arthur : http://expositions.bnf.fr/arthur/grand/086.htm).

  • L'Oraison cordiale chez L'Harmattan

     

    L'ORAISON CORDIALE

    Une tradition catholique de l'hésychasme
    Jean-Marc BOUDIER
    Contrelittérature
    HISTOIRE RELIGIONS


    Cet ouvrage enrichi de gravures en noir en blanc et d'écrits peu connus, nous fait découvrir, au sein même de l'Église catholique, un mouvement spirituel mystérieux, relié à la théologie mystique et dont la méthode pratique se révèle très proche de l'hésychasme oriental tel que l'ont transmis les Pères du désert. L'Oratoire du coeur de Maurice Le Gall de Kerdu, paru en 1670, manuel illustré de gravures symboliques, est l'ouvrage majeur de cette voie de l'oraison cordiale qui prône la quête intérieure du Royaume de Dieu.



    Illustré en noir et blanc



    ISBN : 978-2-343-01092-2 • septembre 2013 • 285 pages

    Prix éditeur : 28,5 € 27,08 €
     

    http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=41078

  • D'une croix à l'autre : Trinitaires et Templiers.

    Le Prieuré de Dinard en Ille-et-Vilaine et l’enclos de Saint-Maudez dans les Côtes-d’Armor.

    (texte et illustrations de Jean-Marc Boudier)

     

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                A l’extrémité du parc du Prieuré de Dinard[1] (vers l’Est où se trouve la plage du Prieuré), on peut admirer un intéressant calvaire, dit parfois « la croix de Monsieur Henry de La Mettrie », comportant un certain nombre de détails symboliques. Il serait en fait la copie presque conforme du « calvaire des Templiers » de Saint-Maudez (22980, près de Dinan où les Trinitaires possédaient aussi une maison) et pourrait dater de la reconstruction de l’original à la seconde moitié du 18e siècle. Le socle est octogonal, comme dans beaucoup de monuments d’origine templière, représentant les huit béatitudes de l’Évangile. Ce socle est entouré d’une table carrée, elle même fixée, avec quatre colonnes, sur une assise carrée à trois marches (image de la « triple enceinte » celtique ?). Sur le bas épais et cylindrique du fût de la croix, on voit une procession - dans le sens des aiguilles d’une montre - de neuf chevaliers (avec des épées) et moines (avec des livres) agenouillés les mains jointes. Au sommet du calvaire, une représentation biface montre d’un côté une Vierge à l’Enfant (assez proche de celle qui se trouve en haut du porche latéral de l’église de Plurien, originaire d’un établissement templier), et de l’autre le Christ sur la Croix entre la Vierge et saint Jean, surmontant une série de six personnages « orants » représentés deux par deux, face à face et enchaînés mutuellement : ils pourraient s’agir de prisonniers que les Trinitaires ont pour mission de racheter, les visages tournés vers le Ciel, vers le Christ et Notre-Dame du Bon-Remède (une statue ancienne en est conservée dans la chapelle du Prieuré). Les chiffres trois, six, neuf peuvent faire aussi allusion à la Sainte Trinité.

     

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                La croix du cimetière de l’enclos paroissial (où se trouve un magnifique if millénaire) de l’église de Saint-Maudez remonterait à la fin du 13e ou au début du 14e siècle, d’origine templière. Elle fut reconstruite au 18e siècle (1774[2]) et peut-être transformée, avec cinq marches. Autrefois, le cylindre qu'entourent neuf personnages agenouillés (dont quatre chevaliers[3]) tournait sur lui-même, comme une sorte de « moulin à prière ». La signification de l’ensemble reste encore à préciser selon ce que l’on a pu appeler le « rébus des Templiers ».

                On peut mentionner encore les vestiges d'un vieil édifice appelé le Temple des Templiers, situés non loin du cimetière et du presbytère (voir inventaire de 1805). Selon certains, le château de Thomatz à Saint-Maudez, bâti par la famille Gouyon-Thomatz, branche cadette des Gouyon-Matignon, aurait été édifié à l’endroit d’un ancien fief des Templiers. Non loin de Saint-Maudez, on trouve aussi des traces de la présence de Templiers à Vildé-Guingalan (22980), avec une rue des Templiers (les chevaliers du Temple de La Nouée, à Yvignac, possédaient à Vildé une sous-commanderie et un vicus, sorte de ferme). 

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                Par ailleurs, sur la route de Dinard à La Richardais, exactement à l'angle sud-ouest de l'enclos de l'ancien Prieuré des Trinitaires, sur une sorte de petite terrasse aménagée en hauteur contre le mur extérieur, se trouve une très ancienne petite croix (70 cm.) datant du 14e ou du 15e siècles et à demi rongée et patinée par le temps. Cette croix, plantée sur une large pierre octogonale. Elle indique le croisement de la voie se dirigeant vers La Vicomté et du chemin menant à la plage du Prieuré. 

     

    [1] Lire de Jean-Marc Boudier « Les maisons trinitaires de Dinard et de Dinan », dans Le Pays de Dinan, 1994, pp. 287 et suivantes.

    [2] L’église de Saint-Maudez, qui avait été donnée aux Templiers, a été reconstruite entre 1772 et 1792.

    [3] Certains y ont vu quatre chevaliers, trois frères vêtus d’une chape et deux dignitaires se distinguant par un manteau sans capuche.